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MakeSense se met au vert pour encourager l’entrepreneuriat rural

Le déclin rural

J’ai grandi en Bourgogne, dans un village d’un millier d’habitants. A l’époque, il y avait une boulangerie, une boucherie-charcuterie, une usine de fibres végétales, une poste, une scierie, deux cafés-tabacs. Sur la place du village, à côté de l’Eglise, autour de l’arbre qui abritait déjà les rassemblements citoyens au XVIIIe siècle, il y avait des bancs. Les cultivateurs du village pouvaient, une fois par semaine, vendre leurs produits au marché local.

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Des deux côtés de la rue, des devantures de magasins témoignent de l’activité économique au village.

Aujourd’hui, la boucherie-charcuterie a fermé, la poste et l’usine également, la tentative de reprise d’un des deux cafés a échoué, de même que la création d’une restauration rapide. Une épicerie a réussi à se recréer dernièrement, et vivote. La place de l’Eglise est désormais un parking.

A part les Feux de la Saint Jean, en juin, qui rassemblent au village des centaines de personnes des environs, la vie locale n’est pas très dynamique. Beaucoup de jeunes partent faire des études dans des grandes villes, et reviennent rarement. Ou en tout cas, s’ils reviennent, c’est plutôt pour s’installer dans une petite ville des environs. Les opportunités culturelles et professionnelles ne sont pas légion, surtout si l’on n’est pas motorisé. En effet, il n’existe pas de transports en commun reliant les différents villages, ce qui réduit notamment l’indépendance des enfants ou des personnes âgées.

La vie associative vieillit. Les moments d’échanges sont rares, et suivent le même format depuis des années, sinon des décennies (kermesse de l’école, choucroute/couscous annuel, bal des pompiers, soirée bingo…).

Il est vrai que des initiatives fleurissent de temps en temps, mais elles ne bénéficient pas forcément de la visibilité qu’elles mériteraient, et de ce fait, ne se muent pas forcément en succès. Un cercle vicieux de l’abandon s’installe, les territoires se faisant moins attractifs, et ne parvenant donc pas à canaliser les énergies et expertises qui seraient nécessaire à leur revitalisation.

S’il existe certes de petits villages très dynamiques, avec un lien social fort, le portrait de mon village en décrit sans doute des milliers d’autres.

Les visages de l’entrepreneuriat rural

Cependant, de nombreuses personnes essaient de maintenir ou de recréer de l’activité dans les campagnes :

  • des irréductibles, agriculteurs, artisans ou commerçants, qui se battent pour faire perdurer leurs activités malgré la concurrence de plus grandes enseignes basées en villes.
  • des habitants animés d’une passion, qu’ils soient amoureux de patrimoine, de sport, ou tout simplement de partage, qui dynamisent leurs villages par des actions et manifestations associatives.
  • des petits nouveaux, les néo-ruraux, qui, après avoir vécu un certain temps en ville, mais lassées par les maux urbains que sont la pollution, la surpopulation, le stress, décident d’aller s’installer à la campagne, suivant ainsi le rêve pavillonnaire dans sa version bucolique. Le néo-rural type est jeune (50% ont entre 25 et 34 ans), et a suivi des études supérieures. C’est souvent une activité freelance, ou le télétravail qui lui permettent de se relocaliser, bien qu’une grande part des néo-ruraux lancent ou reprennent une activité (agricole ou non) dans leur lieu d’installation. 15% des néo-ruraux interrogés en 2003 par Ipsos citaient la volonté de redynamiser le milieu rural comme un des motifs de leur emménagement.

Les défis de l’entrepreneuriat rural

Tous ces entrepreneurs ont besoin de soutien. En effet, entreprendre en milieu rural présente des difficultés non négligeables, notamment en termes de :

  • rentabilité : dans un village de 500 habitants, il peut-être difficile d’atteindre le masse critique permettant à un commerce de survivre. Il faut donc ainsi pouvoir soit rendre son service incontournable, soit étendre sa zone de chalandise. Dans tous les cas, même quand l’entreprise parvient à atteindre un certain équilibre, elle dispose rarement d’une clientèle suffisante pour faire des économies d’échelle. Dans mon village par exemple, la plupart des habitants disposant d’une voiture préfèrent se rendre dans les hypermarchés à 15 ou 20km de là pour avoir accès à des produits moins chers et plus variés. Pour beaucoup, cette consommation de produits et services peut s’effectuer dans le cadre de leurs trajets pendulaires. Les achats sur internet, notamment avec livraison, sont aussi très attrayants pour les ruraux, qui évitent ainsi des trajets.
  • partage d’expérience et accompagnement : en ville, il existe de nombreux réseaux d’entrepreneurs, qui organisent des rencontres régulières, échangent sur leurs pratiques. Les entrepreneurs urbains ont donc plus d’opportunités de networking et d’apprentissage que leurs homologues ruraux. De plus, les structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat sont le plus souvent localisées en ville, ce qui peut être contraignant.
  • inertie rurale : alors qu’il y a cent ans, les petits artisans et commerces étaient très nombreux dans les villages, beaucoup ont disparu, et avec eux, l’esprit d’entreprendre. En l’absence de modèle, il peut sembler à beaucoup qu’il est très risqué de se lancer dans une activité à la campagne, surtout lorsque l’on entend régulièrement des récits d’échec. Le fait que beaucoup de jeunes qui partent pour leurs études ne reviennent pas, ainsi qu’une mobilité réduite en général, ne favorisent pas non plus le brassage des idées. L’innovation est d’ailleurs une valeur davantage connotée à la ville. On parle de smart cities, mais pas encore de smart villages.

Ce que MakeSense peut apporter

Pendant ce temps, la communauté MakeSense vient en aide à des centaines d’entrepreneurs sociaux un peu partout dans le monde, mais surtout dans des villes grandes ou moyenne. Il semblerait pourtant que la dynamique d’entraide qu’elle porte puisse tout particulièrement bénéficier aux entrepreneurs ruraux et à leur villages d’accueil.

Chargée d’animer la communauté MakeSense sur Toulouse, j’ai donc voulu partir à la rencontre de porteurs de projet ruraux, afin d’en savoir plus sur les défis qu’ils rencontrent lors de la création et du développement de leur activité, et de partager les outils de MakeSense pour mettre l’intelligence collective au service de l’entrepreneuriat social. Ce SenseTour au travers des Midi-Pyrénées démarrera fin avril, pour voir un premier chapitre se clore début juin.

Voici un aperçu de quelques étapes pressenties de ce tour :

Les Fermes de Figeac, c’est une coopérative agricole, qui, bien que créée en 1985, ne cesse d’innover pour permettre à ses adhérents une activité pérenne. Elle est ainsi à l’origine de la création de magasins de proximité valorisant les produits des agriculteurs locaux sous la marque “Sens du terroir”. Elle travaille aussi à la réduction de la consommation d’énergie de ses adhérents en les aidant à installer 60 000m² de panneaux photovoltaïques, ainsi qu’à la création d’une fillière bois locale et circulaire. Il s’agit donc d’un bel exemple d’initiatives possibles pour répondre collaborativement à certaines difficultés que les agriculteurs rencontrent aujourdhui.

Le projet LabPlace vise à améliorer l’inclusion numérique d’un territoire rural, en amenant un atelier de fabrication numérique et des formations aux nouveaux outils technologiques au sein d’un village ariégeois de 550 habitants. Ce lieu pourra aussi accueillir des activités spécialisées. Fruit d’un partenariat entre de nombreux partenaires locaux, il sera intéressant d’explorer comment ce lieu saura se faire approprier par la population locale, et pérenniser son activité.

Cet autre tiers-lieu rural tire son nom de l’ensemble de bâtiments de 3000m² dans lequel il est installé, qui était une manufacture de chapeaux dans le village de SeptFonds (2160 habitants). On y trouve un espace de rencontres culturelles, appelé La Cheminée, ainsi que des espaces de coworking, une pépinière de l’économie sociale et solidaire et la coopérative d’activité OZON. Mais la Chapellerie se veut avant tout être un point de contact, un moteur du territoire, ouvert à tous, porteurs de projets, salariés, associations, nomades, artistes, citoyens…

Le banc sonore est un véritable lieu de vie à Rabastens, tout à la café, restaurant, salle de concert, espace de jeux, de rencontres. Volontairement accessible à tous, petits et grands, voisins et inconnus s’y côtoient. Suzie et Majid, qui ont crée ce lieu (au sein d’une SCOP) pendant l’été 2014, souhaiteraient à terme y accoler un jardin solidaire à vocation d’insertion.

Payname est une start-up toulousaine qui a lancé une solution gratuite de paiement de pair à pair. La start-up, qui compte bien court-circuiter les banques, a levé 5 millions d’euros, et est en train de se relocaliser dans le petit village de Saint-Elix-le-Château (700 habitants). Le campus Payname sera inauguré en juin, et a été pensé non seulement pour ses salariés, mais aussi pour les autres habitants du village, avec la création de jardins partagés, de ruches, d’une salle de sport ouverte aux habitants, ainsi que d’un café dans un autre lieu du village, afin d’amener convivialité et échanges. Il sera ainsi intéressant de voir l’impact qu’aura sur le village ce projet de territoire co-crée.

Et il ne s’agit là que de quelques initiatives parmi des dizaines repérées. Avec notre sac dos, nous nous rendrons dans ces villages, afin de documenter l’expérience de ces entrepreneurs, leurs conseils et mises en garde, et d’y partager la dynamique MakeSense, par l’organisation d’ateliers de résolution de défi (Hold-Ups), d’ateliers d’émergence de projets (SenseFictions), ou encore de débats-concerts (MKS Rooms), mobilisant ainsi la population locale autour de l’entrepreneuriat social et des entrepreneurs locaux.

Vous aussi, où que vous soyez, vous pouvez prendre part à cette démarche, et apporter visibilité et soutien aux entrepreneurs sociaux ruraux près de chez vous. Vous pouvez les inviter à partager leurs défis sur la plateforme www.makesense.org, et pourquoi pas organiser pour eux un Hold-Up. Vous pouvez nous faire connaître leur action, et les inviter à partager leur expérience de création d’entreprise. S’il n’existe pas d’initiatives d’entrepreneuriat social sur votre territoire, vous pouvez y organiser une SenseFiction, afin de faire réfléchir vos voisins à des projets qui pourraient redynamiser votre village, répondre aux problématiques de votre territoire, et planter ainsi de petites graines entrepreneuriales, qui germeront peut-être. Ou tout simplement organiser un SenseDrink, pour discuter d’innovation sociale et de l’avenir de votre village.

Si vous souhaitez aller rencontrer des entrepreneurs autour de Toulouse, partager des initiatives dont vous avez entendu parler, ou agir pour l’entrepreneuriat social rural sur votre territoire, n’hésitez pas à nous écrire ! Nous partagerons avec vous des outils vous permettant de passer à l’action et de mobiliser autour de vous.

Anaïs, MakeSense Community Booster à Toulouse
pour soutenir les entrepreneurs de la région dans la résolution de leurs défis !

PS : Pour suivre le tour, et les actualités sur l’entrepreneuriat rural, un page Facebook a été créée : SenseTour rural .

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makesense est une communauté internationale de citoyens, d’entrepreneurs et d’organisations qui résolvent ensemble les défis sociaux et environnementaux

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