Saviez-vous que les alchimistes sont souvent des personnes engagées ? J’en ai rencontré beaucoup, qui s’engagent pour la salubrité des villes, distribuent gratuitement des repas, apprennent aux exclus de la société à transformer le pain sec en bière et rendent le monde meilleur, plus propre et plus juste. Les alchimistes contemporains sont à mon sens toutes ces personnes qui travaillent à la réduction, au réemploi et au recyclage des déchets . L’or c’est agréable à regarder, mais cela n’est pas décisif pour résoudre les défis écologiques, économiques et sociaux de la planète. Nous avons besoin de solutions pour sublimer les déchets qui plombent notre environnement en nouvelles ressources et ces personnes proposent des alternatives humanistes à des modes de production et de vie qui ne sont ni soutenables ni équitables et dont on perçoit encore très mal les enjeux et les impacts.

Pour illustrer cela, prenons l’exemple du gaspillage alimentaire : les Français ont découvert stupéfaits qu’ils jetaient chez eux plus de 20 kilos d’aliments par an. Ce n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg car il faudrait y rajouter tout ce qui est perdu tout au long de la chaîne, dans les champs, les supermarchés, les restaurants et qui est mal , ou pas mesuré. On peut cependant estimer que c’est plus d’un tiers de la nourriture produite sur terre qui est gaspillée, alors même que l’on produit trop et trop mal, et qu’une immense partie de l’humanité souffre de sous et/ou de mal nutrition.

Prenons désormais l’exemple des déchets électroniques : la plupart des équipements que l’on envoie à la poubelle sont souvent parfaitement réparables, voire encore fonctionnels. Des ingénieurs et des marqueteurs travaillent sciemment à écourter la durée de vie des produits alors même que les matériaux qui les composent sont extraits dans des conditions sociales et écologiques désastreuses. Aujourd’hui, c’est plus de 40 millions de tonnes de déchets électroniques produites annuellement dans le monde qui sont rarement réutilisées et traitées correctement. Un triste constat, quand on sait que privilégier la réparation de ces appareil permettrait de créer de nombreux emplois non délocalisables, souvent en favorisant l’insertion professionnelle de nos concitoyens les plus fragiles.

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On ignore d’autant mieux les conséquences de nos modèles économiques que l’immense volume de déchets qui en découle est soigneusement exporté, enfoui ou réduit en fumées.

« Lorsque tu veux savoir si tu es dans un endroit riche ou pauvre, tu regardes les poubelles. Si tu vois ni ordures ni poubelles, c’est très riche. Si tu vois des poubelles et pas d’ordures, c’est riche. Si tu vois des ordures à côté des poubelles, c’est ni riche ni pauvre : c’est touristique. Si tu vois les ordures sans les poubelles, c’est pauvre. Et si les gens habitent dans les ordures, c’est très très pauvre »
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, d’Éric-Emmanuel Schmitt

Avez-vous déjà entendu parler du « sac a dos écologique » d’un produit ? Il s’agit du volume de matières premières non renouvelables qui a été nécessaire à la fabrication de ce produit : votre ancien smartphone relégué au placard pèse en fait plus de 35 kilos. Cette tomate à peine fripée qui part à la benne aura nécessité plus de trois fois son poids en pétrole pour sa production, son transport et son emballage.

Il n’est pas même besoin de détourner les yeux puisque les spectacles des carrières d’extraction, des sites d’enfouissement, des décharge a ciel ouvert sont rarement portés à notre attention. Quand bien même on voudrait y regarder de plus près, il n’est pas facile d’estimer l’impact économique, écologique et social de nos modes de gestion des déchets. Il faut prendre en compte l’intégralité du cycle de vie du produit, sur le long terme et faire peser dans la balance des externalités comme la pollution, l’érosion de la biodiversité, la préservation des paysages qui sont souvent diffuses, peu perceptibles, non quantifiables.

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Nous pouvons cependant comparer les différents modes de prévention, remploi et revalorisation des déchets ainsi que leurs impacts. Reprenons l’exemple de la tomate qui a nécessité 3 fois son poids en équivalent pétrole et qui finit à la poubelle, faute d’avoir pu être consommée grâce une conservation et/ou une distribution ou redistribution appropriée. D’un point de vue purement énergétique et émissions de CO2, la meilleure option aurait été de ne pas la produire dans un premier temps, il aurait été acceptable qu’elle soit redirigée vers l’alimentation animale, vers du compost ou de la méthanisation.

Le ratio énergie consommée / énergie produite devient par contre très mauvais si on l’incinère (les fruits et légumes sont composés à 80% d’eau) ou pire si elle finit en décharge. Dans l’etat actuel des choses, on estime que si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième plus gros pays émetteur de gaz à effet de serre après la Chine et les états unis.

Engagez-vous !

Vous avez sans doute entendu parler de la COP21 qui s’ouvre dans quelques semaines à Paris. Des femmes et des hommes d’affaires du monde entier, des diplomates, des politiques, des ONG, des membres de la société civile, vont se réunir et parler en huis-clos des solutions qu’ils envisagent pour lutter contre le réchauffement climatique. Des solutions macro-économiques complexes, desquelles les citoyens ont tendance à se désintéresser par manque de compréhension et de proximité.

Pourtant, aux quatre coins du monde, les solutions techniques et organisationnelles abondent, qu’elles soient ancestrales ou high-tech, issues de vieilles traditions ou de nouvelles formes d’économie. Il existe d’innombrables initiatives à fort impact social et écologique, retrouvées, développées et réinventées par ces nouveaux alchimistes. Qu’elles soient purement business, issues de l’économie sociale et solidaire, associatives, citoyennes ou politiques, ces solutions ont fait preuve localement de leur pertinence et de leur efficacité pour lutter contre les problèmes liés aux déchets, mais elles sont souvent trop peu connues ou mal valorisées par les consommateurs et les pouvoirs publics.

En tant que consommateurs, nous avons tous notre rôle à jouer. De la façon la plus évidente, des campagnes massives nous invitent à limiter notre consommation de sacs en plastique et à trier nos emballages. Ce sont de premiers actes citoyens essentiels à une prise de conscience globale. Mais devons-nous nous arrêter là ?

Chez MakeSense, nous pensons qu’en tant que citoyens, nous pouvons aller beaucoup plus loin. Les réponses à ces enjeux ne viendront pas uniquement “d’en haut” ! Des pionniers, innovateurs, entrepreneurs l’ont bien compris. Ces fameux alchimistes d’un nouvel ordre agissent concrètement chaque jour pour développer des solutions permettant de limiter notre production de déchets et de mieux les réutiliser.

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Et si on transformait par exemple les fruits gaspillés dans les champs et dans les supermarchés en confitures ou en cuir de fruit ? C’est ce que proposent les confitures Rebelles et Fwee, en testant en ce moment-même leur modèle économique avant d’essaimer en France et ailleurs !

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Et si on redirigeait les drêches, ces coproduits des brasseries urbaines, ou le marc de café vers l’agriculture urbaine et péri urbaine afin que le carbone qu’ils contiennent viennent enrichir nos sols au lieu de réchauffer le climat ? C’est que proposent Zébu, Blue et L’Ecole du compost, en construisant de véritables métabolismes urbains autour de ces ressources.

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Et si on n’était plus obsédés par le neuf et qu’on privilégiait le réemploi, la consommation partagée et la réparation dans des secteurs aussi variés que le textile, les transports, la téléphonie ou encore le mobilier ? C’est ce que font Wear a Story, Tale Me, Upcycly, Mods, Backmarket.

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Et si on trouvait des alternatives au plastique jetable quand nous allons boire un verre ou que nous allons au supermarché ? C’est ce que proposent Gobi, Unpackaged coalition, Jean Bouteille, Nu.

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Tous, à notre niveau, nous pouvons ainsi soutenir ces entrepreneurs alchimistes, promouvoir leurs solutions et les aider à résoudre les multiples challenges qu’ils rencontrent quotidiennement dans leur développement. C’est pourquoi MakeSense a lancé le programme Future of Waste qui soutient ces innovations qui apportent des solutions pertinentes à la crise des déchets. Nous mettons en lumière les porteurs de projets qui portent ces solutions et permettons à tous de participer à leur construction et de s’engager concrètement et facilement à leurs côtés en organisant des ateliers participatifs de co-création, des rencontres, et des conférences.

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Dans l’optique de solliciter l’expertise et l’implication d’acteurs privés et publics, de grande envergure qui sont essentiels à la mise en œuvre d’une « révolution des ressources » à grande échelle, MakeSense s’est associé avec l’un des leaders de la gestion et de la valorisation des déchets, Suez Environnement, pour promouvoir ces solutions alternatives à fort impact social et environnemental et tenter d’accelerer et d’amplifier l’emergence à grande echelle de nouveaux modes de prévention et de gestion des déchets

Aujourd’hui, grâce à la communauté MakeSense et à l’enthousiasme de milliers de citoyens à travers le monde, nous déployons ce mouvement pour identifier, promouvoir et soutenir tous ces entrepreneurs qui, par leurs initiatives pionnières, luttent efficacement et concrètement contre les déchets et le réchauffement climatique qu’ils induisent. Nous pouvons tous contribuer à résoudre les problèmes sociaux et environnementaux qui nous touchent, en soutenant ces innovateurs alchimistes qui s’engagent au quotidien pour changer nos modèles. Alors vous-aussi, rejoignez la Waste&Climate Tribe, lisez le toolkit !

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Partagez vos idées pour lutter concrètement contre les déchets et le réchauffement climatique : forward.makesense.org/waste

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makesense est une communauté internationale de citoyens, d’entrepreneurs et d’organisations qui résolvent ensemble les défis sociaux et environnementaux

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